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Bhar Lazreg

Texte : Hamma Hammami.
Photographes : Zayneb Mhemed, Yassine Missaoui.

Mohamed Tabouri, 23 ans, boxeur «Bhar Lazreg, une partie de moi-même »
Dans les dernières décennies la région a intégré par étapes le tissu urbain, les habitants, nomades à l’origine, ont été rejoints par de nouveaux migrants, délimité par Gammarth au nord, Sidi Daoud au sud et La Soukra à l’ouest, la région avait une vocation strictement agricole, des champs de sorgho, de gombos ( gnaouoia) de maïs et des vergers à perte de vue.

La mer est de couleur verte, vaste le paysage, des scènes renaissent de l’oubli, un long tracé, les flammes sous des épis de maïs, des aboiements de chiens, et des enfants qui piaffaient dans l’étendue des champs. Aujourd’hui, c’est des villages avec rues portant noms de philosophes et écrivains, des quartiers animés, des boutiques, des immeubles…on vient de loin pour voir un film, une exposition, écouter de la musique, un historien ou un poète ; la culture prend aussi un siège sur le pont. On rêverait d’une passerelle rattachant les champs à la mer.

Depuis près d’un an, le territoire de Bhar Lazreg qui totalise 40 000 âmes ( chiffre approximatif), attire par ses initiatives sociales et culturelles la curiosité et un public de tous genres, les activités économiques y prennent des dimensions vertigineuses, le paysage architectural est assez hétérogène ; des édifices ayant différentes vocations selon les quartiers, agriculture, habitat, commerces et services, reflètent l’évolution des goûts et des tendances.

Grâce à l’aménagement de l’infrastructure, les quartiers populaires de l’ouest vivent une dynamique inouïe, les riverains rencontrés évoquent la route comme une manne céleste, Kamel Hammami, commerçant en fruits et légumes, 38 ans, habite la région depuis 2018 il s’y sent en sécurité, les commerçants souffraient du manque de passagers, pas de passagers, pas de clients, la route a résolu beaucoup de problèmes économiques, nous nous trouvons à proximité de La Soukra, Carthage, Carrefour…notre rue abrite beaucoup de salles de fête, des embouteillages gênent, mais…

La route est bordée par des lotissements, des immeubles, des entrepôts, des commerces de proximité, des micro-entreprises :un « pôle » urbain surgit avec des îlots d’habitations, des locaux associatifs, un terrain de jeux
Si le quartier a revêtu une brillante vocation culturelle, c’est notamment grâce au dynamisme de Hatem Bouriel, homme de culture, journaliste, médiateur qui y exerce depuis plus d’un an ses activités à la station culturelle B7L9, relevant de la Fondation Kamel Lazaar.

Bouriel est littéralement habité par l’évolution du village, subjugué par l’attractivité du quartier, de l’énergie de ses habitants socialement métissés, des Subsahariens qui y vivent côtoient sans exclusion les autochtones ; quand il décrit son quotidien, il est intarissable sur ses rencontres et ses découvertes singulières, des micro-entrepreneurs, une marbrière, de petites gargotes africaines etc, Hatem pousse son enthousiasme et qualifie ce mode vie de « gentrification ». Et résume naturellement le quartier en un mot « culturel ».

Mériem el Ayeb, chargé de projets dans l’association qui porte le joli jeu de mots « By Lhouem », « par les quartiers » ou « part des quartiers » a pris pied à Bhar Lazreg. By Lhouem est fondé sur les expériences artistiques antécédentes des associations Zouaoula ou klam Echaraa, son but est de faciliter l’accès des citoyens aux droits sociaux et culturels, des opérations d’art alternatif ont été réalisées comme le graffitis Hope, une pièce de théâtre montée avec des Africains etc …comme le quartier souffre du manque d’associations, cela a facilité notre implantation et une facilité évidente de contacts.

Brahim Gasmi, boucher, longue expérience dans la société Ellouhoum, confirme que grâce à l’aménagement de la route, le quartier s’est développé à vue d’oeil … son commerce prospère.

Jamila Abdi, ouvrière agricole saisonnière, habite le quartier depuis 20 ans, affirme n’y avoir jamais vu ni subi une agression, un quartier paisible… L’éclairage public et l’infrastructure routière ont complètement changé le paysage, dit-elle.