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Chbedda

Texte : Hamma Hammami.
Photographes : Selma Boukhil, Mohammed Ali Fakhfakh.

Le quartier se love entre les délégations de Fouchana et Naassen, deux communes à vocation rurales ; il se compose de trois parties ou sous-quartiers , Chbedda supérieur situé en pente, Chbedda centre et El Morr, selon les habitants, il ne s’y passe rien de remarquable, sans événement forts, un quartier banal, qui se distingue par sa quiétude, la bonne entente entre ses citoyens, nous dit un jeune sportif, champion de Taekwondo, hles jeunes s’y retrouvent dans un café, ou dans un terrain en terre battue pour une partie de foot, ou une rencontre amicale dans la rue, pourtant les initiatives ne manquent pas, quelques-unes ont été étouffées, d’autres les remplacent ainsi coulent les jours, la ou une partie de la vie à Chbedda. Amel Chaari y est née, il y a quarante ans, elle y tient un commerce de vente de Mlaoui (galettes) , connait le quartier dans ses détails, ses maisons et ses habitants ; elle affirme qu’il y manque des lieux de loisirs, des endroits où promener ses enfants, un centre pour les jeunes, l’air y est pollué, des saletés jonchent les trottoirs, elle attend, elle attend quoi ? Que les autorités agissent en faveur de son quartier. Ayhem Romdhani, 21 ans, street artiste a arrêté le sport, peu intéressé par les études, passe beaucoup d’heures à dormir, il a touché au tatouage qui l’a naturellement conduit au graffiti, sa passion qu’il pratique depuis 2016. Le mur devant lequel il pose représente le drapeau de la Palestine stylisé, un visage de femme, son œil bleu saigne, Ayhem ne peint que sur des espaces privés et sur demande, améliorer l’aspect de son quartier est son but, il nous confie que son quartier représente pour lui un monde merveilleux, les habitants y sont solidaires, mais il leur manque des lieux de rencontres, un terrain, une Maison de jeunes, des lieux de loisirs et…un poste de police.

Se sentait-il quelconque, un moins que rien, le quidam, silencieux à l’étroit dans son quartier ; le destin des feuilles vieillies de l’eucalyptus solitaire, lui ressemble, sans voix, l’horizon fermé.

Tahar Rajhi, est un haut personnage de la région, retraité, bienveillant, connu et apprécié par tout les habitants, cité en exemple, y compris par Saida Al Zawaidi, la mairesse de Naassen pour son esprit associatif, sa droiture et sa générosité ; ancien bouliste, il a participé à beaucoup de tournois avec les équipes du Bardo, de La Marsa… Coach international, il a fondé le club de pétanque de Naassen qu’il préside. Plusieurs réunions dans un café l’ont conduit à fonder une équipe de pétanque, 25 joueurs titulaires, son équipe ne dispose pas de terrain, la mairie en a confisqué un pour en faire un complexe multisports, des habitants ont contesté l’initiative, arguant que le terrain leur appartient… les moyens de transport font terriblement défaut, alors pour les déplacements des joueurs, Si Tahar paie de sa poche, , par amour du quartier, il sacrifie son temps, ses efforts, tenant absolument à ce que les jeunes, qu’ils protège, évitent les chemins de la délinquance …
Oussama Boughanmi, 18 ans, footballeur, casquette à l’envers sur la tête ; fils unique, a arrêté le football à cause de cela ; il voulait aller loin, faire du foot sa profession, il se voyait en sélection nationale, il a joué dans l’équipe de Ben Arous, puis au Club Africain… le manque de transport a coupé ses ailes, dit-il. On l’imagine en hiver, rentrant après l’entrainement de Tunis ou de Ben Arous, seul le soir, par grosses chaleurs ou par temps froid…il décrit avec dépit et chagrin le dénuement de son quartier, l’absence de terrain de jeu, de loisirs, de maisons de jeunes, de parcours de sports… Et envoie tout de même un message , si un jeune croit avoir un don qu’il s’y accroche, ne pas lâcher son rêve… puis, il définit son quartier tendrement « attachement, amour ».
Malgré tous les manques, les difficultés et les défaillances, Saida Al Zawaidi, Mairesse de Naassen, n’est pas peu fière de ses administrés et ne tarit pas d’éloges sur sa commune qu’elle qualifie de « Sidi Bou Saïd 2 ».