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Saïda et Ennassim

Texte : Hamma Hammami.
Photographes : Rayen Touati, Shaker Bejaoui.

La route Oued Ellil en direction Jdeida, est très fréquentée, des camions, des bus, des taxis collectifs, des voitures arrêtées sur les bords, des marchands devant leur camionnettes de fruits, des bouchers et autres commerçants les attendent ; plus loin la route s’aère ouvrant sur des champs verts, des maisons parsemées entre les labours, des potagers, des monts jalonnent le fond du paysage ; une bretelle à gauche nous conduit aux quartiers populaires de Saïda et Ennassim. La rue centrale est en pente mais en bon état, les rues contigües sont animées, c’est jour de marché, des étages de maisons en finition, les murs encore en ciment, des briques parquées annoncent de nouvelles constructions , un blocaille de matériaux, de déchets borde le mur, des maisons et commerces informels, « aucun habitant ne possède de certificat de propriété, n’importe qui, en mon absence, par exemple, pourrait occuper ma maison, je n’ai pas aucune preuve», signale Mohamed Ben Salah Zaghouani, retraité, néanmoins ni Ennassim ni Saïda ne sont isolés, ils ont été rattrapés par l’extension urbaine, desservis par des bus et des taxis collectifs, les deux quartiers se trouvent en pleine campagne, à quelques enjambées de la route principale.

La langue, fut-elle blessée à mort de ce jeune désœuvré, disait plus sur le jour qui pointe sans vision et le lendemain qui l’attend dans le même café du coin. Insensible aux voix dispersées, assis devant Ia télé ; un match de foot protège ses illusions.

Mohamed Aziz, sportif, Taekwondo, né et vit à Saïda, champion d’Afrique du Nord (2011) 4 fois champion de Tunisie. Oui, la route a facilité beaucoup les déplacements, mais, il reste d’autres problèmes, le chômage des jeunes est l’un des sujets brûlants, il nous manque une salle de sport et une Maison de Jeunes, un club de musique,, pourtant il y a des talents qui peuvent se développer ici…En un mot« le meilleur quartier »

Ali Ben Amor Ayari, ouvrier, habite Ennassim depuis 1993, un quartier populaire tranquille, assez bien desservi par les moyens de transports, bus, taxis, transport collectifs, l’éclairage public est souvent interrompu par du vent, l’eau et le gaz, nous ont facilité la vie. Il nous manque beaucoup de choses, en premier lieu un dispensaire ou une unité de soins, un poste de police, une Maison de jeunes, et des associations sportives et culturelles.

Mohamed Ben Salah Zagouani, retraité, 40 ans, habite Ennassim depuis 40 ans, il manque un dispensaire, à Ennassim, on ne se plaint pas, il y a bonne ambiance, nous sommes des petits agriculteurs, ou des ouvriers journaliers, il n’y a pas d’usines, ni entreprises pour des embauches des jeunes, le chômage des jeunes est élevé. Le quartier était en terre battue, en temps de pluie, c’était pénible, on a attribué la concession pour la construction de plusieurs chaussées , vous trouverez ici une rue recouverte de bitume, là bas une rue sans revêtement de sol etc, on dispose de l’eau, heureusement, l’éclairage public et même Internet, je dis et répète à tous les responsables qu’on a besoin d’in dispensaire.

Leila Ben Rejeb, habite Ennassim depuis plus de 40 ans ; commerçante, fabricante et réparatrice de sacs en cuir a arrêté son travail à l’usine depuis l’apparition du corona.

« Ici on vit en communauté, solidaires, notre quartier manque de clubs ou associations, mon fils est doué pour le dessin, il se rabat sur Internet pour apprendre…j’avoue que l’infrastructure, eau, gaz de ville, route et l’éclairage ont changé la physionomie du quartier, il est loin le temps où on marchait dans la gadoue et on faisait des kilomètres à pied pour trouver un moyen de locomotion ; il nous manque un dispensaire, la plus proche pharmacie est à Oued Ellil ou Jdeida, imaginez un cas d’urgence. En un mot, mon quartier c’est ma vie »

En cheminant sous les bouquets de feuillage, son chapeau de paille sur la tête enlacé, il a le sourire du passé, des mots rassurants que la lumière ambiante cisèle. « Il manque un commissariat » dit-il

Montassar Brinis, 23 ans, vit à Enneessim, rappeur.
J’ai suivi une formation, actuellement chômeur, il faut signaler qu’il n’y a pas de demande culturelle dans le quartier ; je suis passionné par l’écriture, ça a commencé banalement par le cahier d’école, c’est devenu mon occupation, il faut dire que à la différence à d’autres arts, le rap se passe de salle, moi, je suis fan de Emino, un avant-gardiste dans le milieu, il fait partie d’une autre génération qui m’inspire toujours, le rap s’est popularisé, il est fini le temps où la parole avait un sens et une mission. Je suis natif du quartier, en dépit des manques flagrants, c’est un quartier sans violence et cela, c’est important de nos jours. Nous vivons en bonne intelligence, en bon voisinage, à l’abri de la délinquance, et s’il y a une déviation elle est vite perçue par les anciens, je citerai à ce propos Tawfik alias Zinzir, un ancien qui partage sa passion et initie les jeunes aux jeux, aux sports, tous le monde l’apprécie… le grand acquis de notre quartier est le terrain de foot. »

Imen Hammami, épicière, 35 ans. Née et vit à Ennassim, son père est le premier épicier du quartier.
les habitants se connaissent et se respectent, des talents il en existent, Tahar Zaïri, footballeur de haut niveau, c’est un personnage du quartier, il s’occupe actuellement des jeunes, Khalil, un chanteur qui anime les mariages du quartier, gratuitement, il y a des associations dans notre quartier, mais sans président qui conduit une voiture de 86 millions, disons que nous nous entraidons, quiconque peut s, nos problèmes c’est un dispensaire, un bus scolaire, des clubs de jeunesse, une bibliothèque, dans mon enfance, je n’ai eu que des complexes, jamais fait une excursion dans comme les enfants des beaux quartiers. Un exemple qui démontre le peu d’intérêt qu’accorde les autorités à notre quartier, j’allais à l’école dans des conditions désolantes, routes inondées par les pluies etc, c’était en 1985, en 2017, mon fils a vécu les mêmes obstacles : remontant la pente à pied, s la boue, sans loisirs ni encadrement, c’est pour ces raisons et bien d’autres que mon fils ne sera jamais médecin… mon fils est féru de cinéma, veut devenir réalisateur, il n’y a de club culturel, pas d’encadreurs…Notre voix, nos revendications ne sont pas écoutées, jusqu’à quand, les responsables vont-ils imaginer que les besoins du citoyens ne sont que des des projets, Toute la population réclame un dispensaire, c’est une urgence. En un mot «mon quartier est l’amour ».